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Jeunes enseignants, engagez-vous ! En ces temps de recherches d’emploi, vous qui venez de
quitter, il y a quelques semaines ou quelques années, l’école qu’on
appelait jadis Normale, devenue Haute de nos jours, sachez, jeunes enseignants,
qu’il y a 40 ans exactement, je vivais la même exaltation. Quelques mois avant d’achever mes études d’instituteur,
(du côté d’octobre 1965 donc, je ne sais plus exactement), le bourgmestre
de ma petite commune boraine m’accorda un rendez-vous. J’étais venu
lui annoncer que j’obtiendrais probablement mon diplôme en juin de l’année
suivante et je venais faire acte, oralement, de candidature anticipée.
C’était une coutume locale que je devais, m’avait-on affirmé, respecter
scrupuleusement. Georges (c’était son prénom) m’a regardé, m’a demandé
de me lever : installé derrière son bureau juché sur une estrade,
il m’avait fait asseoir devant lui, après m’avoir accueilli d’une main
spongieuse et d’un regard que sa position élevée me faisait percevoir
davantage encore théâtral. Il
m’a alors regardé brièvement : « vous
êtes grand, jeune homme (c’est vrai que je l’étais et, même moins jeune,
le suis encore), eh bien… vous allez jouer à l’Excelsior. Il s’agissait
de l’équipe locale de basket. Je vous vois bien comme pivot. Bien entendu,
vous prendrez une carte du parti, et je vous engage. » Ce furent ses mots exacts, qui au moins n’étaient pas
ambigus. Je m’en souviens comme du mou de sa poignée de main. Pendant de nombreuses années, comme tous mes collègues
intérimaires puis temporaires, et alors que je ne sollicitais aucun
passe-droit de quiconque, j’ai reçu des dizaines de lettres, souvent
redondantes, en provenance directe des cabinets des bourgmestres et
des divers ministres qui se sont succédé, alternant les trois couleurs
fondamentales de l’échiquier politique belge, souvent le rouge, parfois
l’orange, et aussi, jamais en reste, le bleu azur. Ils m’assuraient,
ces excellences, de leur soutien et m’expliquaient à quel point leurs
interventions à mon endroit avaient été à chaque fois décisives, puisque
grâce à eux j’occupais un emploi. Il s’en est même trouvé un, dans les
années 80, qui assortissait ses céruléennes et tournaisiennes congratulations,
façon grand schtroumpf, d’un
bulletin de virement vierge, me précisant sans ambages que ma contribution,
témoignage attendu de ma reconnaissance, serait utilisée au mieux dans
l’intérêt de son parti, et que cela me serait compté à avantage. … et mettez-vous en mouvements, avec « s » Jeunes travailleurs de l’enseignement, qui venez de sortir
des écoles normales, il y a quelques jours ou quelques années, agissez
et mettez-vous en mouvements ! Un frémissement éthique parcourt
aujourd’hui l’échine des partis traditionnels et démocratiques, récemment
secoués par des scandales récurrents. Confortez ce frémissement en vous
y impliquant. En cherchant un peu, vous trouverez même un parti, le
fait est exceptionnel, et il me faut le souligner, qui n’a jamais recouru
au clientélisme, et qui promeut et pratique des valeurs de réelle démocratie
et de transparence. Ce n’est pas seul, en quémandant une faveur isolée, que
l’on « force l’avenir » : c’est au coude à coude, en
se battant. Investissez « Amnesty », « Où que vous interveniez, veillez à ce que soient toujours
clairement annoncés les critères de recrutement et de promotion, et
même s’ils ne vous sont pas, dans l’immédiat, favorables, veillez à
les faire respecter par nos décideurs politiques qui seraient tentés,
suicidaires, de recourir encore à ce paternalisme patelin, à ce clientélisme
abject qui, entre autres causes, aboutissent à ce que nous connaissons
en notre Wallonie d’aujourd’hui, à refondre à ce point, qu’un général
étasunien (n’est-ce pas un comble ?), soucieux avant tout de relancer
l’économie de son propre empire, doive, encore en 2006, nous servir
d’exemple et de référence. Abel DEBRUE.
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